



La restructuration de BNP Paribas inquiète… à juste titre ?

BNP Paribas accélère sa transformation digitale, suscitant de vives inquiétudes parmi les syndicats. La banque souhaite moderniser son réseau en misant sur une complémentarité entre agences physiques et services numériques. Cependant, cette mutation s’accompagne de nombreuses incertitudes : fermetures d’agences, suppression de postes et évolution forcée des métiers. Malgré l’absence annoncée de plan social, les salariés craignent une restructuration déguisée qui bouleversera leur avenir professionnel.
Une restructuration qui inquiète
Les syndicats dénoncent une stratégie qui pourrait mener à la disparition progressive du réseau d’agences de BNP Paribas en France. Selon la CFDT, le projet de la direction amorce une transformation profonde du modèle bancaire, au détriment des salariés. Les fermetures d’agences risquent d’entraîner une suppression massive de postes, notamment au sein de l’encadrement, et de redéfinir les missions des conseillers. Cette restructuration, perçue comme brutale et opaque, renforce la crainte d’un affaiblissement du service de proximité pour les clients.
500 agences menacées
BNP Paribas refuse de communiquer un chiffrage précis sur l’ampleur des fermetures, mais des estimations internes évoquent la disparition d’un tiers des 1 500 agences actuelles, soit environ 500 d’ici 2030. Cette réduction drastique du réseau physique s’inscrit dans une logique d’optimisation des coûts et d’adaptation aux nouveaux usages digitaux. Pourtant, elle soulève une question centrale : la digitalisation peut-elle vraiment remplacer l’accompagnement humain, notamment pour les clients les plus fragiles ou les moins à l’aise avec les outils numériques ?
Des conséquences floues sur l’emploi
La direction assure qu’il n’y aura ni licenciements, ni plan de départs volontaires, mais les syndicats restent sceptiques. Ils redoutent que BNP Paribas contourne ces engagements en jouant sur le non-remplacement des départs naturels et en exerçant des pressions sur la mobilité interne. La montée en puissance de l’intelligence artificielle et des outils numériques risque également de modifier en profondeur les missions des salariés, les poussant vers de nouvelles fonctions sans réelle garantie d’accompagnement ni de formation adaptée.
Une expertise indépendante demandée
Face au manque de transparence de la direction, les élus du personnel ont exigé la mise en place d’une expertise indépendante pour évaluer les conséquences de cette restructuration. Le cabinet Secafi a été mandaté pour analyser l’impact du plan stratégique sur les effectifs, la charge de travail et les bassins d’emploi. Ses conclusions, attendues d’ici mai, permettront aux syndicats d’avoir une vision plus claire des transformations en cours et de défendre les intérêts des salariés face aux décisions de la direction.
Un pari risqué sur le digital
BNP Paribas mise sur une nouvelle organisation hybride, combinant agences physiques et services à distance, afin de s’adapter aux nouvelles attentes des clients. L’idée est de renforcer la présence numérique en développant Hello Bank, tout en optimisant la rentabilité du réseau d’agences. Mais cette transition comporte des risques : une exécution mal maîtrisée pourrait provoquer une perte de clientèle, accentuer la fracture numérique et générer un mal-être croissant parmi les employés confrontés à une mutation forcée de leur métier.
Des ambitions commerciales assumées
Derrière cette transformation, BNP Paribas affiche des objectifs ambitieux : augmenter son portefeuille de clients en banque de détail, en passant de 7 à 8,5 millions de clients d’ici 2030, dont 2 millions pour Hello Bank (contre 1 million actuellement). Pour soutenir cette expansion, la banque prévoit d’investir 200 millions d’euros dès 2025. Mais cette croissance voulue à marche forcée pourrait se heurter aux résistances internes et aux contraintes du marché bancaire, déjà fortement concurrencé par les banques en ligne et les néo-banques.
Conclusion
La restructuration de BNP Paribas s’inscrit dans une transformation profonde du secteur bancaire, où le digital prend une place prépondérante. Cependant, cette mutation soulève de nombreuses interrogations sur l’avenir du réseau d’agences, la gestion des emplois et l’accompagnement des salariés. Entre ambitions stratégiques et incertitudes sociales, la banque devra prouver que son modèle peut évoluer sans provoquer une casse sociale et une dégradation du service client.
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