




6 600 milliards : le trésor immobile des Français.

Alors que les débats sur la souveraineté économique s'intensifient, un chiffre vertigineux vient de tomber : 6 600 milliards d’euros. C'est le montant record du patrimoine financier des ménages français en ce début d'année 2026. Une étude de la Direction générale du Trésor, publiée ce jeudi, analyse ce "trésor de guerre" et met en lumière un paradoxe persistant. Malgré des besoins de financement critiques pour l'innovation et la transition, les épargnants français n'ont jamais semblé aussi attachés à la sécurité.
Une radiographie marquée par la culture de la liquidité
L'analyse détaillée du stock révèle une structure de placement qui défie les tentatives de diversification. Le compartiment des livrets réglementés, incluant le Livret A et le LDDS, continue d'absorber une part massive des flux de capitaux, même avec une rémunération stabilisée à 1,40 % depuis le 1er janvier. Cette quête de liquidité immédiate est complétée par la domination de l'assurance-vie en fonds euros, qui reste le pilier central des portefeuilles au détriment des unités de compte. Enfin, le montant des dépôts à vue, qui stagne autour de 500 milliards d'euros, témoigne d'une volonté farouche de conserver une épargne de précaution disponible à tout moment.
L’émergence des actifs numériques : une nouvelle forme de diversification
Il est intéressant de noter que si l'épargne traditionnelle reste prudente, une part croissante de l'épargne "jeune" s'évade vers les actifs numériques. L'étude du Trésor montre que pour la première fois, la détention de crypto-actifs commence à peser dans l'arbitrage global des ménages, non plus comme une simple spéculation, mais comme une véritable diversification patrimoniale. Cela crée une distorsion singulière : les Français préfèrent parfois la volatilité extrême des cryptos à la volatilité modérée des actions cotées, un choix qui semble motivé par un certain rejet des circuits bancaires classiques et une volonté de réappropriation de leur capital.
Le PER et l’épargne salariale : les nouveaux moteurs du fléchage long terme
Tout n'est pas figé pour autant. L'étude souligne le succès grandissant du Plan d'Épargne Retraite (PER), l'un des rares compartiments qui parvient à flécher efficacement l'argent vers les entreprises sur le temps long. En 2026, avec la maturité des premiers contrats, le PER devient le véritable concurrent de l'assurance-vie. Cette dynamique démontre que les Français ne sont pas totalement fermés au risque, à condition que le cadre fiscal soit incitatif et que l'horizon de temps soit clairement défini par un projet de vie, en l'occurrence la préparation de la retraite.
Le piège du rendement réel négatif
Un point crucial soulevé par les analystes concerne toutefois la menace de l'inflation réelle face au rendement net. Avec un taux de livret à 1,40 %, une fois l'inflation (même modérée) et les prélèvements sociaux déduits, le rendement réel de l'épargne sécurisée est souvent proche de zéro, voire négatif. Rester "prudent" sur un livret, c'est en réalité accepter une perte de pouvoir d'achat certaine sur le long terme. C'est ce paradoxe que les conseillers financiers doivent aujourd'hui expliquer : en 2026, l'absence de risque est devenue, mathématiquement, un risque de dévalorisation du capital.
Le "bas de laine" national est une force de frappe financière unique au monde, mais elle demeure largement sous-exploitée pour le financement de notre souveraineté industrielle et écologique. Si l'étude du Trésor permet de quantifier précisément cette réserve, elle souligne surtout l'urgence de réinventer l'attractivité de l'investissement productif. En 2026, la question n'est plus de savoir combien les Français épargnent, mais comment transformer cette prudence naturelle en un véritable moteur pour la croissance. L'avenir de notre modèle économique dépendra de notre capacité à faire des Français non plus de simples déposants, mais des acteurs engagés du financement de demain.
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