




Le Vatican en Bourse : Quand la Finance Éthique Rencontre la Doctrine Sociale de l'Église

Mardi 10 février, l’Institut pour les œuvres de religion (IOR), communément appelé la banque du Vatican, a créé la surprise sur les marchés. L'institution a officiellement lancé deux indices boursiers, conçus pour être strictement conformes aux critères éthiques catholiques. Cette incursion inattendue du Saint-Siège dans l'univers de la cotation boursière soulève une problématique fascinante : comment concilier les impératifs de rentabilité financière avec les principes moraux séculaires de l'Église ? Cette initiative marque un tournant décisif et stratégique dans la gestion patrimoniale de l'État pontifical.
Une sélection boursière rigoureuse sous le prisme de la foi
Développés en étroite collaboration avec le géant américain des services financiers Morningstar, ces deux nouveaux instruments se nomment "Morningstar IOR Eurozone Catholic Principles" et "Morningstar IOR US Catholic Principles". Chacun regroupe une cinquantaine d'entreprises soigneusement sélectionnées. L'objectif avoué est de fournir une référence internationale incontournable pour les investissements catholiques mondiaux. Le filtrage est drastique : les sociétés impliquées dans l'armement, l'euthanasie ou l'avortement sont systématiquement exclues, tandis que le respect de l'environnement est valorisé. Cependant, cette rigueur éthique n'empêche pas une approche pragmatique. De grands noms de la technologie, de la finance et du luxe, tels qu'Apple, Meta, Amazon, ASML ou Hermès, figurent en bonne place. Ces paniers de valeurs offrent ainsi une exposition diversifiée, rivalisant avec des indices de référence traditionnels comme le S&P 500 ou l'Euronext.
Le point d'orgue d'une décennie d'assainissement financier
Pour analyser cette démarche, il est impératif de la replacer dans son contexte historique récent. Sous l'impulsion du pape François, le Vatican a entrepris de profondes réformes pour restaurer son image financière, longtemps ternie par l'opacité. Le constat du souverain pontife en 2017 était sans appel, comparant la réforme de la Curie à la volonté de "nettoyer le sphinx d’Égypte avec une brosse à dents". L'assainissement a été massif : création du Secrétariat à l’Économie en 2014, fermeture de près de 5 000 comptes suspects au sein de l'IOR en 2015, et centralisation de la gestion du patrimoine. Ces mesures répondaient à des controverses embarrassantes, comme la révélation par Libero Milone (ancien auditeur général) en 2021 d'un investissement passé du Saint-Siège dans la production de pilules du lendemain.
Conséquences et avenir de l'IOR sur les marchés mondiaux
Aujourd'hui, l'Institut pour les œuvres de religion semble avoir tourné la page de ses années sombres pour s'imposer comme un acteur financier solide et transparent. Forte de ses 105 salariés et de plus de 12 000 clients dans 110 pays, l'institution affiche des fondamentaux robustes. Son rapport annuel de 2024 met en exergue une excellente capitalisation. Financièrement, la stratégie porte ses fruits : l'exercice financier s'est soldé par un bénéfice net de 32,8 millions d'euros, enregistrant une progression de 7,2 % par rapport à l'année précédente. Par ailleurs, la redistribution reste au cœur du modèle, avec 13,8 millions d'euros de dividendes intégralement reversés à des œuvres caritatives. L'avenir de ces nouveaux indices Morningstar dépendra de leur capacité à attirer les flux de capitaux.
En lançant ses propres indices boursiers, le Vatican démontre une volonté assumée de moderniser sa gestion tout en mondialisant ses convictions éthiques. Cette démarche prouve qu'il est possible, selon l'IOR, d'allier l'orthodoxie financière aux préceptes de la doctrine sociale de l'Église catholique. Si le succès de ces indicateurs auprès des investisseurs mondiaux reste à confirmer, la transformation de la banque du Vatican est indéniable. Les autres grandes institutions religieuses mondiales emboîteront-elles le pas de cette financiarisation éthique dans les années à venir ?
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