






Venezuela : L’or noir sous hypothèque

Le séisme politique qui secoue Caracas depuis ce week-end — marqué par la capture de Nicolás Maduro par les forces américaines — laisse les terminaux de Wall Street et de la City étrangement silencieux. Alors que l'on pourrait s'attendre à une envolée des cours, le baril de Brent stagne autour de 60 dollars. Ce calme plat cache une réalité brutale : le Venezuela ne fait plus trembler le marché du pétrole, mais il affole celui de la dette.
Un géant industriel en ruines
L’indifférence des cours du brut s’explique par l’effondrement de l'outil de production vénézuélien. La compagnie nationale, la PDVSA, ne produit plus qu'un million de barils par jour, contre plus de trois millions à l'aube des années 2000. Dans un marché mondial saturé par l'offre américaine et guyanienne, la part du Venezuela est devenue marginale. De plus, le pétrole de l'Orénoque est l'un des plus lourds et complexes à raffiner au monde. Sans des infrastructures modernisées — un chantier estimé à plus de 150 milliards de dollars — ce pétrole reste, pour l'instant, inexploitable.
Le réveil des « obligations zombies »
Si le baril ne bouge pas, un autre actif s'est réveillé brutalement ce lundi : la dette souveraine. Depuis 2017, des dizaines de milliards de dollars de titres vénézuéliens étaient considérés comme "morts" ou "zombies" à cause des sanctions.
L'arrestation de Maduro a agi comme un électrochoc. Les volumes d'échanges sur ces titres ont explosé, les fonds spécialisés pariant sur une levée rapide des sanctions et une restructuration supervisée par le FMI. Pour les investisseurs, ces papiers valent de l'or : ils représentent le seul droit de regard légal sur les revenus pétroliers futurs du pays.
Le pétrole, otage des tribunaux
Cette dette est le véritable verrou de la reconstruction. Aucune major pétrolière (comme Chevron ou Exxon) n'investira massivement tant que le litige sur les obligations n'est pas réglé. Sans accord avec les créanciers, chaque cargaison de pétrole quittant le pays risquerait d'être saisie par un tribunal international pour rembourser les dettes du passé.
En ce début d'année 2026, la finance et l'énergie fusionnent : on ne pourra pas relancer les puits de pétrole sans avoir d'abord ressuscité, puis apuré, ces créances du passé.
Conclusion : Une transition sous tutelle financière
L'opération américaine a brisé un statu quo politique, mais elle a ouvert une bataille financière féroce. Si l'impact sur le prix de l'essence est nul pour l'instant, le sort du Venezuela se joue désormais entre les mains des banquiers et des juges de New York. L'or noir vénézuélien n'est plus une arme géopolitique, c'est une hypothèque que le futur gouvernement devra lever pour espérer renaître.
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