






ETF en Europe : Le Géant BlackRock sous le feu d'une concurrence décomplexée

Dans l'industrie financière, on dit souvent que "les arbres ne montent pas jusqu'au ciel". C'est précisément la leçon que le marché européen des ETF (Exchange Traded Funds) est en train d'imposer à son roi incontesté : BlackRock. Si la firme américaine reste le numéro un mondial de la gestion d'actifs, sa domination hégémonique sur le Vieux Continent montre des signes tangibles d'effritement.
Les derniers chiffres publiés par Morningstar en ce début d'année 2026 sont sans appel : une lente érosion est à l’œuvre. Alors que les investisseurs continuent de plebisciter la gestion passive, ils ne se tournent plus systématiquement vers le leader historique. Entre guerre des prix, consolidation des acteurs européens et nouvelles tendances de gestion, décryptage d'une perte de vitesse qui redessine la carte de la finance européenne.
Le paradoxe du colosse aux pieds d'argile
Les chiffres bruts racontent une histoire en demi-teinte. D'un côté, BlackRock (via sa filiale iShares) reste une machine de guerre. La preuve ? Son produit phare, l'ETF iShares Core MSCI World, a aspiré à lui seul 12,5 milliards d'euros de collecte l'an dernier. C'est un record qui confirme que pour les "autoroutes" de l'investissement (les grands indices mondiaux), la liquidité et la sécurité offertes par BlackRock restent la référence absolue pour les institutionnels.
Pourtant, cette victoire sur les volumes masque une défaite sur les parts de marché. Fin 2023, BlackRock contrôlait plus de 44 % du marché européen. Fin 2025, ce chiffre est tombé à 41 %. Comment expliquer qu'un groupe qui collecte des milliards perde du terrain ? C'est une question de mathématiques relatives. Le marché global des ETF en Europe grossit à une vitesse fulgurante. Si BlackRock continue de croître, ses concurrents croissent désormais plus vite que lui. Le géant américain détient une part plus petite d'un gâteau qui devient énorme. Il ne recule pas en valeur absolue, mais il a cessé d'écraser la concurrence par sa seule présence.
La commoditisation et la riposte européenne
La cause principale de cet effritement est la "commoditisation" des indices boursiers. Aujourd'hui, un ETF qui suit le CAC 40 ou le S&P 500 est devenu un produit de base, comparable à de l'électricité ou du blé. Qu'il soit géré par BlackRock, Amundi ou Invesco, la performance est identique. Dès lors, le seul véritable critère de choix devient le prix.
Sur ce terrain, la concurrence a été impitoyable. Des acteurs comme Amundi, devenu le champion européen depuis l'intégration de Lyxor, ou Invesco, ont lancé des gammes à des prix cassés (parfois sous les 0,05 % de frais annuels). Les investisseurs institutionnels, qui traquent le moindre point de base de performance, ont progressivement déplacé leurs flux vers ces challengers "low cost". De plus, une préférence "souveraine" émerge. Les investisseurs européens, soucieux de diversifier leurs risques géopolitiques, voient d'un bon œil l'idée de confier leurs capitaux à un gestionnaire réglementé à Paris ou Francfort plutôt qu'à New York. Amundi, solide numéro deux, a su capitaliser sur cette tendance pour grignoter les plates-bandes du leader.
L'attaque des "acteurs de second rang" et l'innovation
L'article souligne enfin que les "acteurs de second rang" empiètent sur le territoire des leaders. Cette dynamique est cruciale pour comprendre l'année 2025. Le marché ne se résume plus au duel BlackRock vs Amundi.
Une myriade d'acteurs spécialisés a réussi à percer sur des niches où BlackRock est moins dominant. On pense notamment à l'essor spectaculaire des ETF Actifs (des fonds cotés mais gérés activement pour battre le marché). Sur ce segment précis, des banques comme J.P. Morgan Asset Management ont pris une avance considérable, captant une "nouvelle argent" (New Money) qui échappe aux fonds indiciels classiques d'iShares. De même, des acteurs comme Vanguard continuent leur travail de sape auprès des conseillers financiers indépendants avec une philosophie de gestion très fidèle, ou DWS (Xtrackers) qui reste très agressif sur le marché allemand. Attaqué sur ses prix par le bas, et sur l'innovation par les côtés, BlackRock se retrouve encerclé.
Faut-il s'inquiéter pour BlackRock ? Certainement pas. Avec 41 % de parts de marché, la firme de Larry Fink reste le "soleil" autour duquel gravitent les autres planètes de la finance européenne. Sa capacité à offrir une liquidité immédiate en cas de crise boursière reste son atout maître, une assurance-vie que les concurrents peinent encore à égaler. Cependant, l'année 2025 marque la fin de l'hyper-domination sans partage. Nous entrons dans une ère de normalisation concurrentielle. Pour l'épargnant européen, c'est une excellente nouvelle : cette guerre de positions force les géants à baisser leurs frais et à innover davantage. BlackRock est peut-être moins hégémonique, mais le marché, lui, est plus sain.
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