



Sora : L’Équation Financière Impossible derrière le Crash

Octobre 2025 restera sans doute dans les annales de la tech comme un cas d'école de l'exubérance irrationnelle. Lors du lancement de l'application Sora, présentée comme le « TikTok killer » d'OpenAI, les marchés et les commentateurs s'étaient emballés. L'application s'était hissée instantanément dans le top 3 de l’App Store, portée par une promesse technologique éblouissante. Pourtant, chez NBS, nous avions émis une note de prudence immédiate. Notre scepticisme ne portait pas sur la technologie, mais sur la viabilité économique du modèle. Trois mois plus tard, la réalité des chiffres nous donne raison. L'euphorie est retombée, laissant place à une gueule de bois financière pour les observateurs qui pensaient qu'OpenAI allait pivoter vers un modèle B2C (Business-to-Consumer) rentable. Analyse d'une correction brutale.
L'effondrement des revenus : Un ROI catastrophique
Les données consolidées de ce début d'année 2026 peignent un tableau sombre, bien loin des projections de croissance exponentielle habituelles dans la Silicon Valley. La courbe d'adoption ne s'est pas contentée de ralentir ; elle s'est inversée.
D'abord, l'acquisition utilisateurs s'est tarie : une baisse de 32 % des téléchargements en décembre, suivie d'une chute encore plus vertigineuse de 45 % en janvier 2026. Mais le véritable indicateur d'alerte rouge se situe au niveau de la monétisation. La dépense mensuelle des utilisateurs (l'argent réellement encaissé par OpenAI via les abonnements et micro-transactions) est passée d'un pic de 540 000 $ en décembre à un maigre 367 000 $ ce mois-ci.
Pour le grand public, ces montants peuvent sembler conséquents. Pour une entreprise technologique valorisée à plusieurs centaines de milliards, c'est une erreur d'arrondi. Pire encore, si l'on rapporte ces revenus aux coûts opérationnels (OPEX), le modèle est abyssal. La génération de vidéo par IA est l'une des tâches informatiques les plus coûteuses au monde. Il est fort probable que le coût de l'inférence (l'électricité et la puissance GPU nécessaires pour générer les vidéos) soit largement supérieur aux revenus générés. Sora ne rapporte pas d'argent ; elle brûle du cash à une vitesse alarmante pour chaque utilisateur actif.
La fragmentation du portefeuille et le mur de la propriété intellectuelle
Pourquoi une telle désaffection du portefeuille des utilisateurs ? La réponse est double : saturation de l'offre et barrières légales.
D'un point de vue macro-économique, le budget "IA et divertissement" des ménages n'est pas extensible. L'entrée en force de Google Gemini et de Meta AI sur le segment vidéo a fragmenté le marché. Ces géants ont l'avantage d'intégrer ces fonctionnalités directement dans des écosystèmes existants (YouTube, Instagram) sans surcoût immédiat, rendant l'abonnement spécifique à Sora financièrement injustifiable pour l'utilisateur moyen.
Parallèlement, la valeur du produit a été dégradée par la régulation. La viralité initiale de Sora reposait sur des contenus "limites" exploitant des figures de la pop culture (SpongeBob, Pikachu, etc.). Les nouvelles contraintes de copyright, imposées sous la menace de procès colossaux, ont forcé OpenAI à brider son modèle. En perdant la capacité de générer ces mèmes viraux, Sora a perdu son moteur de croissance organique. Pour compenser cette perte de viralité naturelle, OpenAI aurait dû investir massivement en marketing payant, détériorant encore plus le ratio LTV/CAC (Valeur à Vie du Client vs Coût d'Acquisition).
La thèse NBS confirmée : Le "Pump" de valorisation
Si les chiffres sont si mauvais, pourquoi avoir lancé l'application ? C'est ici que l'analyse stratégique prévaut sur l'analyse produit. Notre thèse chez NBS s'est vérifiée : Sora n'a jamais été conçue pour être une "Business Unit" rentable ni un véritable réseau social. OpenAI ne cherchait pas à construire une communauté (ce qui demande des années d'ingénierie sociale), mais à créer un événement de marché. Dans un secteur de l'IA générative où les modèles se commoditisent (ils deviennent tous performants), la différenciation technique s'efface. Pour continuer à justifier des valorisations stratosphériques auprès des investisseurs, il fallait un "coup".
Le lancement de Sora obéissait à une logique financière de levée de fonds, pas de rentabilité opérationnelle. Le plan était simple :
Créer un cas d'usage "Wahou" pour saturer l'espace médiatique.
Montrer une hyper-croissance (même artificielle) pour exciter le marché.
Augmenter la désirabilité des actions pour préparer le prochain tour de table.
Sora a rempli sa mission : faire du bruit. Que l'application meure à petit feu en 2026 importe peu à OpenAI, tant que la valorisation a été actée fin 2025.
Le cas Sora doit servir d'avertissement aux investisseurs et aux observateurs du marché. Nous assistons à la mise en place d'un "Playbook" cynique mais efficace dans la Tech : le lancement de produits vitrines, déficitaires par nature, destinés uniquement à capter l'attention et les capitaux avant que la réalité économique ne reprenne ses droits. Les revenus s'effondrent, mais l'objectif financier d'OpenAI a probablement déjà été atteint ailleurs, dans les salles de réunion des fonds de capital-risque.
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