





Budget 2026 : Le verdict tombe, entre rigueur comptable et cadeaux fiscaux

Le suspense a pris fin dans les couloirs de Bercy. Après des semaines de tractations politiques intenses et d'ajustements de dernière minute, les équilibres définitifs du Budget 2026 ont enfin été dévoilés. Loin du "grand soir" fiscal redouté par certains ou de la cure d'austérité drastique anticipée par d'autres, cette copie finale se présente comme un exercice d'équilibrisme périlleux. Le gouvernement tente de naviguer entre deux écueils : rassurer les marchés sur la tenue des comptes publics sans pour autant étouffer le moteur de la croissance par une fiscalité punitive. Les arbitrages rendus publics ce matin dessinent une France qui se serre la ceinture, mais qui choisit d'épargner ses investisseurs.
La ligne rouge des 5 % tenue, mais la dette dérape
Le chiffre clé que tout le monde attendait, des agences de notation aux partenaires européens, est confirmé : le déficit public sera contenu à 5 % du Produit Intérieur Brut (PIB) pour l'année 2026. C’est un signal politique fort, destiné à prouver le sérieux budgétaire de l'exécutif. Tenir ce seuil, alors que la croissance économique montre des signes d'essoufflement, relève de la gageure. Cela permet à la France de rester dans une zone de "crédibilité surveillée", évitant pour l'instant une sanction immédiate des marchés obligataires.
Cependant, ce succès sur le déficit cache une ombre au tableau : la dette publique. Selon les nouvelles projections, celle-ci augmentera "un peu plus vite que prévu". C’est le paradoxe de ce budget. Bien que le déficit soit contenu, la charge des intérêts et la faiblesse de la croissance nominale font mécaniquement gonfler le ratio dette/PIB. L'État continue d'emprunter massivement pour financer ses échéances, et l'effet "boule de neige" n'est pas totalement endigué. Cette dérive de la dette reste le point noir du dossier, une vulnérabilité qui pourrait coûter cher si les taux d'intérêt venaient à se tendre de nouveau sur les marchés.
Partie 2 : Fiscalité, le grand "ouf" de soulagement des investisseurs
C'est sur le volet des recettes, et donc de la fiscalité, que les arbitrages ont été les plus spectaculaires. Contre toute attente, le gouvernement a choisi de faire marche arrière sur la mesure la plus controversée de l'automne : la "taxe holding" ne sera finalement pas exigée en 2026. Ce prélèvement, qui visait les trésoreries des sociétés holding, avait provoqué une levée de boucliers du patronat et des start-ups, craignant une fuite des capitaux et un gel de l'investissement. En renonçant à cette manne financière, l'exécutif envoie un message clair : l'attractivité économique et la stabilité des entreprises priment sur le rendement fiscal immédiat.
Dans la même logique de stabilité, l'Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) restera inchangé. Alors que des voix s'élevaient, notamment à gauche de l'hémicycle, pour alourdir la taxation du patrimoine immobilier ou élargir l'assiette de cet impôt, le statu quo a été privilégié. Pour les épargnants et les propriétaires, c'est une garantie de visibilité bienvenue. En sanctuarisant la fiscalité du capital pour 2026, le gouvernement espère maintenir la confiance des ménages aisés et des entrepreneurs, misant sur l'idée que la stabilité fiscale est le meilleur allié de la confiance économique.
L'État se met (légèrement) à la diète
Si les impôts n'augmentent pas massivement pour les détenteurs de capitaux et que le déficit est contenu, l'ajustement se fait donc nécessairement par la dépense. C'est la troisième leçon de ce budget final : la dépense publique diminuera légèrement en part de la richesse nationale. Ce recul, bien que modeste, marque une rupture symbolique avec les années du "Quoi qu'il en coûte".
Concrètement, cela signifie que les dépenses de l'État progresseront moins vite que l'inflation ou que la croissance. L'effort est réparti sur l'ensemble des ministères et des administrations, signalant un retour à une forme de rigueur gestionnaire. Il ne s'agit pas de coupes sombres ou de suppression brutale de services publics, mais d'un freinage piloté. Cette baisse relative du poids de la dépense publique est l'artifice comptable qui permet de boucler l'équation impossible du 5 % de déficit sans recourir au matraquage fiscal. Reste à voir si cette discipline pourra être tenue sur la durée face aux revendications sociales qui pourraient émerger en cours d'année.
Le budget 2026, tel qu'il est désormais gravé dans le marbre, est un budget de compromis pragmatique. Il sacrifie une partie du désendettement (avec une dette qui file) pour préserver l'activité économique (abandon de la taxe holding). En choisissant de contenir le déficit par une maîtrise des dépenses plutôt que par une hausse généralisée des prélèvements sur le capital, le gouvernement fait le pari risqué mais assumé de l'offre. Reste désormais à savoir si la croissance sera au rendez-vous pour valider ces hypothèses, ou si la réalité économique viendra, une fois de plus, bousculer les colonnes du tableur de Bercy.
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