


C'est officiel : le Livret A atterrit à 1,5 %, le LEP résiste.

Le verdict est tombé, mettant fin au suspense qui tenait en haleine les 56 millions de détenteurs d'un Livret A. À compter du 1er février prochain, le taux de rémunération du placement préféré des Français descendra à 1,5 %.
Si cette baisse était attendue compte tenu du ralentissement net de l'inflation, la décision finale des autorités monétaires et de Bercy révèle une volonté claire de compromis. En fixant le taux à 1,5 % au lieu des 1,4 % que la stricte application de la formule de calcul laissait présager, et en limitant l'érosion du Livret d'Épargne Populaire (LEP) à 2,5 % (contre 2,7 % auparavant), le gouvernement tente un atterrissage en douceur. C'est la fin de l'euphorie des taux élevés, mais le début d'une nouvelle ère de normalisation monétaire.
La mécanique d'une baisse annoncée (et amortie)
Pourquoi cette baisse maintenant ? Pour comprendre ce mouvement, il faut regarder le rétroviseur de l'inflation. Le taux du Livret A est indexé sur une formule savante mêlant l'inflation hors tabac et les taux interbancaires à court terme (€STR). Or, ces deux indicateurs sont en net recul. L'inflation est repassée sous la barre symbolique des 2 %, rendant insoutenable le maintien d'un taux artificiellement élevé.
Cependant, le gouverneur de la Banque de France a choisi de déroger légèrement à la règle mathématique stricte, qui aurait dû placer le curseur à 1,4 %, voire 1,3 %. En proposant 1,5 %, validé par le ministre de l'Économie, les autorités offrent un "coup de pouce" de 10 à 20 points de base. L'objectif est double. D'un côté, rémunérer les épargnants au-dessus de l'inflation prévisionnelle (garantissant ainsi un rendement réel positif, ce qui est rare historiquement). De l'autre, soulager les acteurs du logement social. En effet, il ne faut jamais oublier que le taux du Livret A est le "coût de la ressource" pour la Caisse des Dépôts, qui prête ensuite aux bailleurs sociaux. Baisser le taux du Livret A, c'est mécaniquement baisser le coût de financement de la construction de HLM. À 1,5 %, l'équilibre est jugé acceptable pour relancer un secteur immobilier en crise sans spolier l'épargnant.
Le LEP, forteresse imprenable de l'épargne populaire
Si le Livret A rentre dans le rang, le Livret d'Épargne Populaire (LEP) confirme son statut d'exception culturelle et financière. Réservé aux ménages les plus modestes (sous conditions de revenus), ce livret voit son taux passer de 2,7 % à 2,5 %. Là encore, le geste politique est fort. La formule de calcul aurait pu entraîner une baisse bien plus drastique, alignant presque le LEP sur le Livret A. Le gouvernement a choisi de maintenir un "spread" (un écart) significatif de 1 point entier entre les deux livrets.
Avec un taux de 2,5 % net d'impôt et de prélèvements sociaux, le LEP reste, de très loin, le meilleur placement sans risque du marché. Pour battre une telle performance avec un placement fiscalisé (comme un compte à terme ou un livret bancaire classique), il faudrait obtenir un rendement brut supérieur à 3,5 %, ce qui est introuvable aujourd'hui pour des liquidités disponibles à tout moment. Cette décision vise à protéger le pouvoir d'achat des foyers précaires, pour qui l'épargne de précaution est vitale face aux imprévus, même dans un contexte de désinflation.
L'heure des arbitrages pour les épargnants
Ce nouveau taux de 1,5 % pour le Livret A (et par extension le LDDS) va inévitablement modifier le comportement des épargnants. Psychologiquement, passer sous la barre des 2 % ou 3 % peut être vécu comme une désillusion pour ceux qui s'étaient habitués à des rendements "sans effort". Cependant, il faut raisonner en "taux réel". Avec une inflation qui tourne désormais autour de 1,2 % ou 1,5 %, un Livret A à 1,5 % protège toujours le capital. L'argent ne perd pas de valeur, contrairement à la période 2022-2023 où le Livret A était à 3 % mais l'inflation à 5 % (un rendement réel négatif de -2 %).
Néanmoins, cette baisse rend de l'attractivité à d'autres supports. Les fonds euros des assurances-vie, qui bénéficient de l'inertie de leurs stocks d'obligations anciennes, pourraient afficher des rendements compétitifs en 2026, potentiellement supérieurs au Livret A sur la durée. De même, les marchés actions ou les SCPI, bien que plus risqués, redeviennent des options logiques pour ceux qui cherchent à dynamiser leur patrimoine au-delà de la simple sécurité. On risque d'observer une légère "décollecte" sur les livrets réglementés au profit de placements à plus long terme.
Au 1er février, une page se tourne. La baisse du Livret A à 1,5 % et du LEP à 2,5 % marque la fin de l'exceptionnelle parenthèse inflationniste qui avait propulsé les taux courts à des sommets. Si la nouvelle peut décevoir de prime abord, elle est le signe d'une économie qui se normalise.
L'exécutif a joué la carte de la prudence : ne pas couper trop brutalement le robinet du rendement pour les ménages, tout en allégeant la charge financière pour le logement social. Pour l'épargnant français, le message est clair : le Livret A redevient ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être - un simple coffre-fort de précaution pour la trésorerie à court terme, et non un instrument d'enrichissement.
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