






L'Or à 5 000 $, l'Argent à 100 $ : La "Grande Fuite" vers le Réel dans une Économie Mondiale Fragmentée

Ce lundi 26 janvier 2026 restera gravé dans les annales de l'histoire financière. Tôt ce matin, alors que les marchés asiatiques laissaient place aux places boursières européennes, l'impensable s'est produit : l'once d'or a fracassé la barrière psychologique et historique des 5 000 dollars. Ce sommet vertigineux, couplé à une envolée spectaculaire de l'argent, n'est pas le fruit du hasard. Il est le symptôme violent d'une économie mondiale en quête de repères, bousculée par une instabilité géopolitique chronique et une méfiance grandissante envers les monnaies fiduciaires traditionnelles.
Une ascension fulgurante et historique
La progression du métal jaune donne le vertige. Pour comprendre l'ampleur du mouvement, il faut regarder dans le rétroviseur : en janvier 2024, il y a à peine deux ans, l'once (31,1 grammes) s'échangeait autour de 2 000 dollars. Aujourd'hui, avec un pic enregistré à 5 093 dollars aux alentours de 3 heures du matin, la valeur de l'or a plus que doublé en un temps record.
Même si le cours s'est légèrement tassé pour osciller autour des 5 080 dollars quelques heures plus tard, la tendance de fond est indéniable. L'or n'est pas seul dans cette course effrénée. Le "pauvre cousin" de l'or, l'argent métal, connaît une renaissance tout aussi spectaculaire. Il a franchi pour la première fois la barre des 100 dollars l'once vendredi dernier, sa valeur ayant plus que doublé depuis octobre 2025.
Cette synchronisation des métaux précieux indique que nous ne sommes pas face à une simple spéculation passagère, mais bien face à une lame de fond. Les investisseurs, qu'ils soient institutionnels ou particuliers, semblent liquider leurs positions en devises pour se ruer vers des actifs physiques.
L'effet "Trump" et la géopolitique du chaos
Le moteur principal de cette fièvre acheteuse porte un nom : l'incertitude politique américaine. Les marchés, qui ont horreur de l'imprévisibilité, réagissent violemment aux revirements incessants de l'administration de Donald Trump.
Les tensions récentes autour du Groenland, dont le président américain a évoqué l'achat sous peine de sanctions douanières contre ses alliés européens, ont agi comme un électrochoc. Bien que ces menaces aient été retirées lors du Forum de Davos, le mal est fait. Comme le souligne Dan Coatsworth, analyste chez AJ Bell, les investisseurs restent sur le qui-vive, craignant que le président ne se réveille demain avec « une nouvelle idée controversée ».
À cela s'ajoute un cocktail géopolitique explosif : la guerre persistante en Ukraine, les tensions à Gaza et les incertitudes en Iran maintiennent le monde en état d'alerte. Dans ce climat, le dollar et les obligations d'État américaines (les Treasuries), jadis sanctuaires de sécurité, perdent de leur superbe. Les attaques répétées de la Maison-Blanche contre l'indépendance de la Réserve fédérale (Fed) et son président Jerome Powell ne font qu'aggraver la situation, alimentant la crainte d'une politique monétaire dictée par des intérêts politiques plutôt que par la stabilité économique.
La dette et la soif d'actifs tangibles
Au-delà des tweets présidentiels et des bruits de bottes, une tendance économique plus lourde soutient ces cours records. Neil Wilson, de Saxo Markets, met le doigt sur le véritable problème structurel : la dépréciation des devises face à l'endettement massif des États.
Nous assistons à une crise de confiance envers la monnaie "papier". La dette publique mondiale, et américaine en particulier, atteint des niveaux qui inquiètent les gestionnaires de patrimoine. Face à des États qui continuent de s'endetter et à des banques centrales sous pression pour maintenir des taux bas (politique monétaire expansionniste), la valeur de l'argent fiduciaire s'érode.
C'est ici que l'or et l'argent prennent toute leur dimension d'actifs "réels". Contrairement à une devise qui peut être imprimée à l'infini, ou à une obligation qui dépend de la solvabilité d'un État, les métaux précieux sont des actifs tangibles. L'argent profite d'ailleurs d'un double levier : son statut de valeur refuge, mais aussi une demande industrielle explosive liée aux secteurs du solaire et de l'électronique, gourmands en métal gris. Cette "soif insatiable" pour le tangible est le signe que les marchés anticipent une période prolongée d'inflation ou de débasement monétaire.
Le franchissement des 5 000 dollars pour l'or et des 100 dollars pour l'argent est bien plus qu'un simple record chiffré. C'est un baromètre de l'anxiété mondiale. Tant que la politique américaine restera illisible, que les tensions géopolitiques persisteront et que la montagne de la dette publique continuera de croître, les métaux précieux brilleront. L'économie mondiale semble entrer dans une nouvelle ère où la confiance ne se décrète plus, mais se pèse en onces.
- Vues40